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dimanche 17 février 2019 Menu

Une petite fougère fait le buzz

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Il s’en passe des choses dans nos montagnes ! Un événement tel s’est produit que l’information nous revient par une publication scientifique* de l’université de Chicago. Jugez-en...

La scène a pour décor les Pyrénées où un groupe de chercheurs, dont Carl Rothfels de l’université de Californie-Berkeley, ont découvert en février dernier une fougère d’un genre nouveau. Vérification faite en laboratoire, étude phylogénétique à l’appui, cette découverte devient un événement : cette petite fougère d’un vert pâle (Cystocarpium roskamianum) s’avère être le produit d’un croisement entre deux espèces qui ont divergé il y a près de 60 millions d’années, la fougère du chêne (Gymnocarpium dryopteris) et une fougère fragile (Cystopteris fragilis). Ces deux fougères « parents », certes toutes deux présentes dans une grande partie de l’hémisphère nord, n’auraient jamais dû se mêler pour se reproduire tant leur évolution les a écartées l’une de l’autre, développant des incompatibilités de nature génétique à leur croisement. Une incompatibilité naturelle, comme le soulignent les chercheurs après une si longue divergence, dans le règne végétal (comme dans le règne animal). D’où l’exceptionnel de cette fougère hybride qui va à l’encontre des théories scientifiques. Le « fruit de l’amour » s’amusent les chercheurs !

Un mode de reproduction spécifique aux fougères

Si de nombreuses plantes deviennent sexuellement incompatibles après une longue divergence, c’est qu’elles ont besoin d’oiseaux, d’abeilles ou autres insectes pour transporter leurs gamètes et être fécondées. Or, ces intermédiaires sont très réactifs aux évolutions des plantes et de leurs fleurs en particulier : toute modification de la forme des fleurs peut entraîner la désaffection des butineurs ne reconnaissant plus les couleur, odeur, pistil et étamines, ce qui limite les croisements. Les fougères, elles, ne connaissent pas cet obstacle : ce sont des plantes cryptogames, leurs organes reproducteurs (les spores) sont dissimulés sous leurs feuilles (les frondes) ; et pour se reproduire, elles n’ont besoin que de vent et d’eau. La clé de ce mystère naturaliste pourrait donc se trouver dans leur mode de reproduction si  particulier permettant que deux espèces, même après une divergence si longue, puissent encore se reproduire.

Bienvenue donc à cette petite fougère des Pyrénées. Une hybride stérile qui a tout de même des chances de se multiplier par voie végétative, via son rhizome.

*American Naturalist©2015 (Université de Chicago)


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