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Monday 20 May 2019 Menu

Garance, la couleur de l’Histoire

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Le Museum Requien d’Avignon met à l’honneur la garance dont le rouge est intimement lié au drame de la Première Guerre mondiale. L’occasion de découvrir cette plante entrée dans l’Histoire.

La Commémoration du centenaire de la Guerre 14-18 ramène sur le devant de la scène la garance. Une plante dont on extrayait une poudre rouge (l’alizarine) utilisée pour teindre le drap servant à confectionner les pantalons de nos fantassins et autres corps d’armée. Un drame en vérité car en 1914, alors que tous les pays ont opté pour des tenues camouflées, plus discrètes, ce pantalon d’un rouge sang provoque la mort de milliers de soldats. Il est tellement visible sur les champs de bataille que l’ennemi ne peut pas le rater. Il ne sera remplacé par du bleu qu’en avril 1915.

Fin d’une histoire, alors, pour la garance des teinturiers (Rubia tinctorum) dont la culture, due à l’arménien Jean Althen, fit la fortune du département du Vaucluse.

Origine turque…

Jean Althen, de son vrai nom Johannès Altounian, né en 1709 ou 1712, sujet arménien, échappé des geôles turques, trouva refuge à Marseille en 1736. Là, il désirait mettre à profit les leçons d’agriculture reçues alors qu’il était sous le joug ottoman, travaillant notamment dans les champs de coton.

Une forte personnalité et un homme convaincant, puisqu’une fois en France, il obtint de la part de Louis XV (dont certains textes disent qu’il le rencontra) quelques subsides et des terres dans la région de Castres pour mener à bien ses expérimentations. Mais ce fut un échec. Il s’installa alors en Provence. C’est en Avignon qu’il remarque des plants de garance sauvage (Rubia peregrina) et l’idée lui vient de cultiver cette plante dont l’armée turque faisait grande consommation. Il fait quelques expériences très positives. Fort de ce succès, Althen présente cette poudre colorante au marquis de Caumont qui voit tout l’intérêt de cette plante, de sa culture et de son industrie.

Grandeur et décadence

Le marquis cède des terres à Althen, des marécages récemment drainés dans la région de Caumont (région qui deviendra Althen-les-Paluds) pour des cultures en grand. Et l’aventure agricole et industrielle commence. Le Vaucluse devient bientôt le premier producteur de garance non seulement en France mais aussi en Europe.

Althen meurt en 1774 mais l’histoire de la garance en Vaucluse lui survivra durant près d’un siècle, jusqu’à ce que deux chimistes allemands, Carl Graecke et Carl Liebermann, réussissent à synthétiser  chimiquement le produit tinctorial de la garance, l’alizarine, en 1868. La facilité d’obtention et le coût peu élevé de ce nouveau produit ruinèrent complètement l’agriculture et l’industrie de la région : alors qu’en 1862 le Vaucluse produisait 3440 tonnes de poudre de garance, il n’en produit plus que 950 en 1877. Rapidement, la France comme tous ses voisins, se met à fabriquer de l’alizarine artificielle.

Pourtant, lorsque sonne le tocsin en 1914, la France a un sursaut de fierté et cultive à nouveau la garance (dans le Sud-Ouest) pour teindre les pantalons de ses poilus. Jusqu’à ce que la raison l’emporte avec le bleu horizon.

. Exposition à voir au Musée Requien d’Avignon jusqu’au 28 février 2015, « De la nature à l’histoire : la garance, une couleur dans le conflit », jusqu’au 28 février. Tél 04 90 16 09 09.

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