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zebulon
25/01/2012, 20h14
Quand la montagne accouche d’une, de dix, de mille coccinelles, quel spectacle ! Qui peut être assez fou pour passer tout un hiver sur des crêtes battues par les vents ? Personne. Un véritable miracle se produit pourtant à la fonte des neiges sur le flanc sud de nombreux sommets. Quand la sur face des rochers atteint 10 à 12 °C, une masse d’insectes miraculés fait surface pour quelques heures. Ce sont des coccinelles qui surgissent des failles étroites, quittant leurs refuges de mousse et de litière,la chaleur aidant .Nées a u moi de juin précédent, ces coccinelles ont passé l’hiver entre de gros blocs recouverts de neige.

Jour après jour, les insectes reprennent force dans leur solarium de pierre et d’herbes sèches, entrebâillant les deux pans de leur carapace pour se réchauffer au plus vite. Que le temps fraîchisse, que le jour décline, elles se replient au fond des failles. Chacun de leurs points noirs agit comme un panneau solaire qui réchauffe leur ventre et y réactive des glandes oubliées tout l’hiver. Tandis que les ovaires des unes mûrissent, les spermatozoïdes des autres sont fabriqués par millions. Les mâles, plus prompts au réveil, vont bientôt donner le signal des amours.

A leur réveil, les coccinelles ont perdu environ la moitié de leurs réserves de graisse. Affamées, elles mangent tout ce qui passe à leur portée : collemboles et autres petits insectes, ou encore pollen de fleurs précoces.

En attendant le grand envol vers la plaine, les coccinelles s’accouplent en altitude.
Au bout d’une semaine de bains de soleil quotidiens, les mâles sont prêts. Les mouvements de leurs antennes sont de plus en plus démonstratifs. Quand la température atteint 15 °C, ils commencent à chevaucher leurs congénères sans distinction de sexe. Escalader une demi sphère lisse n’est pas une mince affaire, même quand on dispose pour s’arrimer de six pattes équipées de deux puissants crochets chacune. Chutes et roulades ponctuent ces approches acrobatiques.
C’est à l’odeur que les mâles reconnaissent finalement la nature de leur conquête. Ils ne persisteront à s’y accrocher que si elle est bel et bien du sexe opposé. Entre coccinelles, les jeux de parfums sont à la fois subtils et lourds de conséquences. Une femelle peut refuser l’accouplement si elle sent dans l’odeur de son prétendant que celui-ci est mal nourri. Elle cherchera alors à désarçonner son cavalier. En d’autres circonstances, c’est un mâle concurrent qui déstabilisera, puis remplacera le soupirant insuffisamment accroché. Une femelle peut s’accoupler une vingtaine de fois en un printemps. Chaque rencontre va durer de quelques minutes à plus d’une heure. Une fois bien réveillées, les femelles coccinelles peuvent transporter sur leur dos, au gré de leurs expéditions printanières, leur partenaire en pleine besogne. Et les appariements de s’enchaîner au fil des jours, assurant aux femelles une riche collection de spermatozoïdes qu’elles vont garder au chaud dans une poche ventrale. Disponibles à tout moment pour féconder les oeufs, ils conserveront leur fertilité pendant en tout cas deux mois.

Les ailes antérieures servent de carapace. En écartant les deux pièces de cette armure, la coccinelle dévoile une deuxième paire d’ailes membraneuses. Elle devra les étirer et les déplier longuement avant de prendre son premier envol printanier.
A tire-d’ailes Peu à peu, les séances d’étirement se multiplient. Les coccinelles écartent les deux pans de leur carapace colorée pour libérer leurs ailes membraneuses qu’elles déplient avec les plus grandes précautions. Souvent, elles les traînent un moment déployées derrière elles avant de s’envoler. Bientôt, les courants aériens disperseront les coccinelles, mâles d’abord, femelles ensuite, qui au hasard des vents finiront par redescendre en plaine. Leur atterrissage est imminent. Le carnage va commencer …..

zebulon
25/01/2012, 20h19
Depuis que l’homme cultive la terre, chaque printemps la coccinelle vole à son secours. Affamée par un jeûne de plusieurs mois, la belle arrondie n’a qu’une seule idée : croquer, sucer, engloutir du puceron.

Sa stratégie est d’une redoutable efficacité. La coccinelle se pose au petit bonheur la chance sur une feuille de rosier ou d’ortie. Comme un fauve en chasse, elle adopte les mêmes habitudes que ses proies : elle longe les nervures où les pucerons aiment s’abreuver. Elle monte comme eux pour explorer l’extrémité supérieure des tiges en pleine croissance et le bord des jeunes feuilles.
Si rien ne se présente, il ne lui reste qu’à s’envoler et poursuivre ailleurs sa quête. Mais au cas où elle détecte une gouttelette de miellat, indice de l’activité d’un puceron, la coccinelle adopte un comportement nouveau. Elle change sans arrêt de direction. Elle opère des virages serrés pour explorer méthodiquement les alentours immédiats. Et si un puceron s’approche à moins d’un centimètre, elle lui fiche en un instant ses deux mandibules dans le corps.

Chaque fois qu’elle pond, la coccinelle tente un coup de poker risqué. La faute aux pucerons et à leurs mœurs nomades.
Une fois remise de son jeûne hivernal, la coccinelle cherche à assurer sa descendance. Il lui faut pour cela pondre ses oeufs à proximité immédiate d’une colonie de pucerons qui nourriront ses larves.

A l’abordage !
Un petit puceron s’avale tout rond. Si la proie est plus grosse, la coccinelle lui injecte des sucs digestifs dans le corps avant d’en aspirer tout le jus. Vidé de sa substance, le puceron se dégonfle comme une baudruche. Et si cette première rencontre la met en présence d’une colonie de ces insectes, la coccinelle enchaîne les attaques meurtrières.
Comment fuir ?
Face à l’irruption de cet ogre, les pucerons ne sont pas totalement démunis. Leur vue, apparemment meilleure que celle de la coccinelle, leur permet d’esquiver les attaques. Ils peuvent aussi se laisser tout simplement tomber hors de sa portée. Enfin, un puceron attrapé se débat vigoureusement, voire abandonne pour se sauver une patte entière dans les mâchoires ennemies. Certains projettent même sur leur agresseur un enduit visqueux qui l’aveugle momentanément et lui fait lâcher prise.
On le voit, la partie n’est pas gagnée d’avance. Il faut parfois à la coccinelle plusieurs tentatives pour arriver à ses fins. Reste que son retour dans les champs et les plates-bandes provoque une véritable hécatombe chez les pucerons. Et ce n’est que le début…

zebulon
25/01/2012, 20h23
Poupées russes
Les pucerons se multiplient à une vitesse phénoménale. Sauf en automne, où femelles et mâles ailés se reproduisent de façon sexuée, tous naissent femelles du ventre d’un unique parent également femelle.
Observé à la loupe, le ventre d’un puceron laisse souvent deviner de petits points foncés. Ce sont les yeux de ses filles serrées les unes contre les autres dans ses entrailles. Dans ces insectes encore en gestation se développent déjà d’autres minuscules créatures. Eh oui ! Pour faire plus vite, les pucerons emboîtent comme des poupées russes leurs courtes générations.
Pourquoi tant de hâte ? Parce qu’ils dépendent de la sève des plantes qui leur fournit eau, sucres et protéines. Or ces dernières circulent dans la plante en très faible quantité et seulement pendant les périodes de forte croissance végétale : tout au plus quelques semaines au printemps, voire à nouveau en été pour les arbres.
Transhumances
Les pucerons sont condamnés à filtrer d’énormes quantités de sève pour capter ces précieuses protéines. Quant aux sucres en excès, rejetés par l’anus, ils forment le miellat. De plus, pour suivre la croissance des plantes et profiter de leur jus, les pucerons doivent fréquemment déménager.
Fondée par un seul individu, une colonie se développe vite, mais ne dure que quatre ou cinq semaines. Quand la sève devient moins riche, tout le groupe périclite. Seuls quelques pucerons ailés s’en vont ailleurs fonder de nouvelles colonies.
Les coccinelles adultes parviennent à suivre ces transhumances, mais leurs larves sans ailes n’ont pas la même mobilité. Si leur garde-manger s’épuise trop vite, elles n’auront d’autre choix que de se dévorer entre elles. Même les plus grosses, blessées par leurs congénères plus petites, risquent d’y laisser leur peau.
Jouer serré
Comment faire pour éviter une telle catastrophe ? Quand elle vole de plante en plante, une femelle coccinelle ne cherche pas seulement à manger. Ses prospections ont pour but de repérer une jeune colonie de pucerons en démarrage. Pas trop jeune tout de même, car les proies trop peu nombreuses seraient difficilement repérées par ses larves. Pas trop vieille non plus, pour que le cycle soit bouclé avant que la colonie ne s’effondre. La marge de manœuvre est étroite : il faut viser une colonie âgée d’une à deux semaines. Et surtout ne pas déposer trop d’oeufs, au risque que les larves éradiquent prématurément leurs proies. Enfin, dernier souci : s’assurer qu’aucune autre ponte ou larve, qu’aucun relief de festin ne traînent dans les parages, sous peine que sa propre descendance finisse dévorée par des larves plus âgées.
Alors que les coccinelles mâles se contentent d’aligner les conquêtes parfois jusqu’en juin, on voit qu’au printemps les femelles ont fort à faire. Sur l’appréciation du bon endroit où déposer leurs oeufs repose l’avenir de l’espèce. Et de leurs « adorables bambins » dont nous allons très bientôt faire la connaissance…

Un puceron vit en moyenne trois semaines. Il est capable de se reproduire quelques jours après sa naissance.

zebulon
25/01/2012, 20h33
En quelques jours, les oeufs s’assombrissent.
Puis les jeunes coccinelles éclosent : bonjour la vie !
Les larves de coccinelle
Un premier oeuf a éclos. La tête de la larve se redresse, ses pattes se déplient et dessinent dans l’espace des mouvements très lents. Une seconde, puis une troisième larve émergent à leur tour d’un fût trop étroit. Ensemble, elles développent une chorégraphie issue de la nuit des temps : le sacre du printemps.
Se libérer
Les danseurs semblent esquisser le mystère profond de la vie et de la naissance. Ils sont transparents. Leur tête pâle est encadrée de chaque côté par trois petits points rouges qui suggèrent des yeux en devenir. Devenir ! C’est l’aboutissement de leurs efforts démesurés. De contorsions en arabesques, les corps segmentés se libèrent de leur carcan rigide. Le premier danseur pose ses pattes sur son fût. Sous la lumière, son manteau s’obscurcit. Ses mouvements se calment.
Récupérer
Un rythme silencieux anime les artistes. Sur toute la scène les mêmes gestes sont répétés, scandés par la foule des larves qui naissent. Bientôt, à mesure que les corps retombent, il n’y a plus un bras levé. On dirait que les danseurs sont morts.
Epuisés, ils resteront ainsi prostrés plusieurs heures avant de croquer une partie de leur oeuf. Puis, peu à peu, ils quitteront la scène de leur éclosion, abandonnant les enveloppes de leur première vie.
Manger
Sans rien à dévorer, ces êtres qui tout à l’heure dansaient ,mourraient en moins de quarante-huit heures. Mais leur mère a pris le soin de les placer à quelques centimètres d’une colonie de pucerons. Alors, les larves avides et aveugles cherchent, zigzaguent, touchent et finissent par refermer leurs mandibules.
Petit, leur premier puceron sera facilement immobilisé. Si la proie est plus grosse, la jeune larve se hisse sur son dos, puis commence à lentement dissoudre sa monture. Il lui faudra résister à quelques ruades désespérées pour en venir à bout…

zebulon
25/01/2012, 20h39
.. Aveugles, affamées, assoiffées, les larves de coccinelles entament dès leurs premières heures un terrifiant festin. Leurs pattes ne servent qu’à se déplacer d’une victime à l’autre. Elles ne pensent qu’à manger. En trois semaines et trois changements de garde-robe , elles deviennent énormes. Leur silhouette de carnassier agile n’est plus qu’un souvenir : obèses et boudinées, elles ne s’arrêtent pas de manger pour autant.
Partout les pucerons se dégonflent comme des baudruches. Les feuilles sont couvertes de leurs cadavres creux. La colonie survivra-t-elle ? Au dernier acte de ce carnage, il est bien possible qu’ils y passent tous. Haricots, pois et rosiers peuvent crier victoire.
Vaches à traire
Mais parfois, d’autres convives passent à table. Les coccinelles ne sont pas seules à fréquenter les pucerons. Les fourmis raffolent de leur miellat sucré. Elles viennent de loin pour goûter à ce nectar en leur tapotant l’anus.
Vigilantes, les fourmis ne se contentent pas de traire leur bétail. Elles lui aménagent des abris et le transportent d’un endroit à l’autre quand la nourriture se raréfie. Surtout, elles protègent leurs troupeaux contre les coccinelles, crevant les oeufs, harcelant les larves jusqu’à l’épuisement et chassant les adultes à coup de jets d’acide.
D’autres insectes convergent vers la colonie de pucerons. Eux viennent tout exprès pour les bêtes à bon Dieu. Equipées d’une interminable paille repliée sous le ventre, des punaises plantent leur stylet dans les larves ou les nymphes. Des mouches pondent leurs oeufs dans leur corps. Il en sortira des asticots qui les feront mourir à petit feu… Enfin, il y a le pire ennemi des coccinelles : une fine guêpe noire d’allure anodine.
Perilitus coccinellae s’attaque aux coccinelles adultes. Cette guêpe profite d’un défaut de la cuirasse, juste derrière la tête. Elle y injecte un oeuf unique. Il en sortira une larve ainsi qu’une centaine de cellules sphériques. La larve grignote les réserves de graisse du coléoptère pendant que les cellules gonflent en pompant son sang.
Quand la malheureuse n’a plus de graisse, la larve parasite dévore les cellules nourricières. Rien ne transparaît à l’extérieur du terrible don de la coccinelle. Elle continue ses déambulations mais, finalement, au bout de trois semaines, elle s’arrête épuisée. Une grosse larve blanche se glisse alors hors de son ventre et tisse un cocon sous sa victime partiellement évidée, mais toujours vivante. Une nouvelle guêpe en sortira quelques jours plus tard.
Les coccinelles, décidément, ne sont pas les seules à avoir de l’appétit !

zebulon
25/01/2012, 20h47
Une coccinelle vit plusieurs naissances. Chaque mue est une opération délicate durant laquelle l’insecte est très vulnérable.
Devenue obèse, la larve s’immobilise avant de libérer la nymphe, ce cocon orange et bientôt noir dans lequel va mûrir la coccinelle adulte.

En grandissant, les larves boulimiques se retrouvent à l’étroit.Leur mue est l’occasion d’une heure de trêve pour les pucerons.
Tiens, que se passe-t-il ? Une larve de coccinelle qui n’a pas faim ? Elle commence par se fixer à une tige avec sa ventouse abdominale. Puis la voici qui se fend d’avant en arrière, contracte son corps de manière rythmée et se dégage progressivement de son ancienne enveloppe. Toute claire comme au sortir de l’oeuf, elle s’assombrit en peu de temps. Au bout d’une heure à peine, son festin peut reprendre.
Le rythme des mues
Chez les coccinelles comme chez tous les insectes, le squelette est à l’extérieur. C’est la peau qui fixe l’architecture du corps et qui sert d’ancrage aux muscles. Pour grandir, il faut obligatoirement troquer sa vieille enveloppe devenue trop petite contre une nouvelle peau souple et extensible. Voilà pourquoi la croissance des jeunes coccinelles est rythmée par ces mues qui les rendent momentanément vulnérables.
La dernière de ces opérations prend une tournure inattendue. Repue, la larve s’immobilise la tête en bas, puis s’arc-boute, pattes courbées en arrière. L’insecte entre en léthargie. Plus rien ne bouge pendant un jour. Quand la peau de son dos se déchire enfin, c’est pour libérer une créature orangée qui s’incline et se redresse à plusieurs reprises afin de se dégager de sa peau sombre. Après dix, vingt révérences, les mouvements convulsifs se calment. Il est temps d’observer en détail la nymphe, ce cocon hermétique dans lequel va naître une coccinelle adulte.

A la loupe, toutes les structures de l’insecte parfait se devinent déjà, des palpes aux antennes en passant par la carapace, dont on distingue la découpe.
La nymphe change de couleur en quelques heures, puis demeure prostrée presque toute une semaine. De temps à autre elle se redresse à nouveau, parfois chatouillée par un puceron rescapé. Y a-t-il dans la complète réorganisation de ses organes des phases plus intenses où elle ne sent plus rien ? Quels subtils élixirs commandent le voyage de ses entrailles ?
Encore un peu de patience et nous pourrons assister à l’aboutissement de cette dernière métamorphose

L’ultime métamorphose des coccinelles est peut-être la plus magique, quand d’un vieux sac noir émerge un insecte parfait à la carapace encore jaune, molle et fripée. Après plusieurs jours d’une immobilité presque complète, la nymphe s’allonge imperceptiblement. Sa peau s’étire : on devine une bête en transparence. Une fissure s’amorce à l’extrémité tendue de l’emballage. La vieille enveloppe laisse apparaître une armure noire brillante. Puis le contraste des matières s’accentue au fur et à mesure que la dé chirure se prolonge. Voici les joues blanches, le dos jaune vif, les antennes frémissantes, les palpes en forme de massue. Une patte émerge. Une autre, puis une autre encore permettent au corps de se dégager progressivement.
Molle et fripée Après son éclosion de l’oeuf puis quatre mues larvaires, voici enfin que la coccinelle acquiert le profil rond et sympathique que nous lui connaissons. A l’aube de sa vie ailée, la texture de la carapace est très particulière : jaune opaque, délicatement chiffonnée mais encore molle. En quelques heures, cette armure va durcir, se lisser et gagner en brillance. Les points apparaissent. La coccinelle est à même d’étirer ses ailes membraneuses. Encore un peu pâle pour quelques semaines,la voici prete à s’envoler ___

zebulon
25/01/2012, 20h54
Retour au sommet
En fin d’été, les coccinelles se concentrent par milliers au sommet des montagnes. Une stratégie originale pour passer l’hiver au sec. En été, les pucerons deviennent rares. Alors les jeunes coccinelles se rabattent sur d’autres insectes, broutent des fleurs, grappillent du pollen. Tant qu’il y a à manger, elles accumulent les réserves, gonflant leur abdomen de graisse. Puis beaucoup s’assoupissent dans les feuilles mortes ou se terrent dans un coin du jardin, sous une touffe d’herbe. Mais s’il y a une montagne en vue, certaines préfèrent s’y retrouver, parfois par milliers. Elles peuvent ainsi parcourir en vol jusqu’à une quinzaine de kilomètres. Cette migration, grande et risquée pour de si petits insectes, se déroule de juillet à octobre.
Au sec, au froid
Plus un sommet est isolé et élevé, plus il attirera les coccinelles : on en a retrouvé dans les Alpes jusqu’à une altitude de deux mille mètres, et même à quatre mille mètres dans le Haut-Atlas. D’année en année, les rassemblements se perpétuent aux mêmes endroits. Mais pourquoi se donner rendez-vous si loin, si haut ?
Parce qu’à la fin de la belle saison, la montagne offre plus de fleurs et d’insectes, et qu’ici l’accumulation de réserves peut durer un peu plus longtemps qu’en plaine. Mais surtout, les coccinelles se rassemblent près des crêtes ventées et face au sud pour fuir l’humidité. Toute moiteur durant leur sommeil hivernal favorise en effet le développement d’un champignon microscopique qui les étouffe sous son feutre blanc. Quant au froid constant qui règne là-haut, il les préserve d’un réveil inopiné en plein hiver.
Par milliers
Ces rassemblements permettent aux coccinelles serrées les unes contre les autres de mieux résister aux basses températures. Ils favorisent aussi la rencontre des sexes. Parfois les coccinelles commencent à s’accoupler juste avant l’hiver, les femelles mettant les spermatozoïdes au frigo en vue du printemps. Il semblerait même qu’une longue période de froid soit nécessaire à la parfaite maturation de leurs ovaires.

zebulon
25/01/2012, 21h01
Mise aupointToutes les coccinelles ne sont pas rouges à points noirs. Plus d’une centaine
d’espèces hautes en couleur mais pas toujours à points peuplent jardins, prairies et forêts

La coccinelle à dix points adopte des livrées extrêmement variables allant du rouge à points noirs au noir à points rouges.
La spectaculaire coccinelle en damier est assez répandue dans les jardins, au bord des chemins et sur les talus herbeux.
La Calvia à 14 points est presque exclusivement arboricole, avec une préférence pour les frênes et les tilleuls.
La coccinelle à deux points adopte des costumes encore plus variables que sa cousine à dix points
La coccinelle à quatre points prospère sur les résineux, qu’elle nettoie de leurs pucerons.
Végétarienne, la coccinelle à 22 points broute les champignons qui poussent à la surface des feuilles.
.
La plus populaire des coccinelles, celle que nous avons suivie pour ce dossier, est rouge à sept points. C’est Coccinella septempunctata. Le nombre de points ne renseigne en rien sur l’âge de la bête. Née avec deux, cinq, sept, quatorze ou vingt-deux points suivant son espèce, une coccinelle garde le même assortiment jusqu’à sa mort.
Jaunes, noires, orange
Parmi les 3.000 coccinelles recensées de par le monde, plus d’une centaine vivent chez nous. On en connaît des orange, des jaunes, des noires avec des points rouges ou sans point du tout ! Quelques-unes ont même des robes variables d’un individu à l’autre ou alors une carapace velue et mate. Souvent, le nombre de ces points a été intégré au nom savant de l’espèce. Cela permet, au passage, de se familiariser avec la numérotation latine : saluons ainsi Hippodamia tredecimpunctata, Anisosticta novemdecimpunctata, Adalia bipunctata ou encore Coccinula quatuordecimpustulata !
N’allez pas croire que toutes ces coccinelles fréquentent les jardins en dévorant des pucerons. Il y a les amatrices de cochenilles, les herbivores, les forestières qui pour certaines ne vivent qu’au sommet des arbres, sans parler des coccinelles des marais ou des landes...

zebulon
25/01/2012, 21h02
Vives et toxiques
Hormis l’architecture de leurs antennes, de leurs palpes et de leurs pattes, la plupart des coccinelles partagent une caractéristique spectaculaire : leur couleur vive qui les rend très visibles.
En fait, ce curieux camouflage à l’envers qui semble conçu au mépris de toute prudence révèle une stratégie défensive originale. Pourquoi la salamandre ou la guêpe ont-elles des taches jaunes ? Pour mettre en garde les prédateurs. La guêpe pique, la salamandre dégage un mucus toxique. Il en va de même pour une grande partie des coccinelles, qui produisent des substances amères et vénéneuses. D’ailleurs, des scientifiques un peu tordus ont ravitaillé exclusivement en coccinelles une nichée de mésanges bleues : aucun des malheureux poussins n’est arrivé à terme. Ces demi-baies rouges et noires, c’est du poison !
L’oiseau qui s’y sera laissé prendre une fois s’en souviendra : couleur vive égale pas bon ! Pour renforcer l’effet répulsif, une coccinelle malmenée peut même produire un jus jaune et nauséabond qui dégoûtera les plus affamés.


un mâle de coccinelle se contente de quatre ou cinq proies par jour, les femelles ont besoin d’en dévorer quotidiennement une vingtaine pour grossir et faire mûrir leurs oeufs


Contrairement à d’autres espèces qui ont deux générations par an, les coccinelles à sept points vivent environ 13 mois et se reproduisent presque une année après être sorties de l’oeuf.

zebulon
25/01/2012, 21h10
Coccinelle asiatique

La coccinelle asiatique, Harmonia axyridis, est une espèce aphidiphage et se nourrit de pucerons. Elle est originaire de Chine. Dès le début du XXe siècle, et surtout, vers la fin des années 1980, elle a été importée, en grand nombre, en Europe et aux États-Unis, dans le cadre de la lutte biologique. Mais son comportement, sa prolificité et sa voracité en ont fait perdre le contrôle, et elle est désormais considérée comme nuisible pour de nombreuses espèces de coccinelles autochtones, dont elle envahit le territoire et qu'elle tend à éliminer.
La bête est prolifique, facile à élever et surtout extraordinairement vorace… Un peu trop même, puisqu’elle s’attaque également aux coccinelles locales, à toutes sortes d’autres insectes et aux fruits des vergers. En peu de temps, la coccinelle asiatique échappe à tout contrôle. En Belgique, où elle est en vente depuis 1997, la nouvelle venue colonise la Flandre en quatre ans. C’est désormais la coccinelle la plus répandue à Bruxelles et on commence à l’observer dans le sud du pays. Alors que sa vente vient d’être stoppée, des foyers ont d’ores et déjà été signalés en Allemagne et en Grande-Bretagne.
Harmonia axyridis a un autre défaut. Elle envahit en masse les habitations en hiver. Dans certaines régions des Etats-Unis où elle a également été introduite, il semble que le mot coccinelle ne rime plus du tout dans l’esprit du grand public avec bestiole sympathique. Quand un insecte pullule dans votre maison, si joli et coloré soit-il, il dérange, voire dégoûte.
Que faire ? Ne vaudrait-il pas mieux cesser de jouer aux apprentis sorciers et commercialiser, puis relâcher exclusivement des espèces de la région ?

Sand2Bx
26/01/2012, 11h49
Magnifique, très complet ! :):biz:

verodu73
27/01/2012, 05h35
Oui , très intéressant !!!!:)

zebulon
27/01/2012, 08h54
un peu long peut etre ? mais j'ai appris plein de choses en " potassant le sujet " et je ne savais pas quoi laisser . tout dépend ce qu'on recherche .

ce n'est pas moi qui ai mis "interessant " peux tu m'expliquer pourquoi il y est ??

erickeepcool
27/01/2012, 09h00
un peu long peut etre ? mais j'ai appris plein de choses en " potassant le sujet " et je ne savais pas quoi laisser . tout dépend ce qu'on recherche .

ce n'est pas moi qui ai mis "interessant " peux tu m'expliquer pourquoi il y est ??

bjr,
nicole, c'est juste un des deux agf ou un des gf qui l'a mis en intéressant.........
mais puisque c'est intéressant.................
ces actions te sont permises sur les forums que tu modères
eric

zebulon
27/01/2012, 09h04
merci Eric
en fait j'ai fait cet article il y a au moins 2 ou 3 mois ou meme plus (le temps passe si vite ) il me restait à le peaufiner un peu ;puis le topic de Heimdall sur les coccinelles me l'a rappelé !bonne journée ...Keepcool bizz

Pepe10
27/01/2012, 11h24
Bah en tous cas, c'est du sacré bon boulot ! Merci ma Zeb :biz:

heimdall
27/01/2012, 14h46
C'est moi qui ai classé la discussion intéressante, et j'ai noté 5 étoiles.

lomarcy
28/01/2012, 20h39
C'est une idée qu'elle est bonne !!!